De la beauté féminine

Je suis dans le métro, assez plein pour que j'ai de quoi observer et pas assez pour que je me sente oppressé. L'ambiance que je préfère. J'aime bien avoir le luxe d'observer dans le calme d'une rame remplie. Et, à l'évidence, mon regard se pose naturellement sur ce qui m'ébahit. Un grand gaillard, un sdf qui pue et l'arme ultime, une jolie femme.
Mais voilà, pour quelles raisons une femme m'est-elle agréable à regarder ? Je connais mon style de femme aujourd'hui. C'est relativement récent et fluctuant mais aujourd'hui, je sais. J'aime les grandes brunes bien formées. Un intense regard et une femme qui a confiance en elle. Pas d'armure cela dit, une femme qui accueille l'inconnu avec enthousiasme. J'ai besoin de me sentir rassuré dans mes rapports de séduction et je me rends bien compte aujourd'hui que je suis très sensible aux parcours du combattant et je m'en éloigne instinctivement. Je m'égare cela dit.

J'ai face à moi une alternative. Une fille qui correspond à mon style me plait moins qu'une autre qui a l'air bien plus sûr d'elle mais est subjectivement moins jolie. Est-ce la posture ? Le sourire ? Le maquillage ? Le style vestimentaire ? Aucune idée. Je constate que le plaisir des yeux est imprévisible.
Après tout, est-ce vraiment important ? Le coeur a ses raisons que la raison ignore comme dirait Pascal. Cela ne me suffit guère pourtant. Quel déterminisme entre en jeu dans l'appréciation de la beauté, phénomène on ne peut plus intime ? Influence biologique ? Socio-économique ? Morale ? Physiologique (donne-moi à manger et je t'appellerai Hélène) ?
Tout ce que je sais, c'est que lorsque je regarde la première, mon cœur bat plus fort, j'ai un peu plus chaud, mes mains tremblent légèrement, mon visage se détend. Mon regard devient plus intense, je zoome naturellement sur elle, sur son visage.

Le plus intéressant, ce sont les films qui se projettent sur mon cortex préfrontal. J'imagine l'approche, l'accroche. Je déduis logiquement les réactions plausibles en fonction de son attirance pour moi, la gêne du moment subi, son ouverture d'esprit. Je déroule ensuite la liste d'idées ou de blagues à sortir en fonction de sa réaction et je prépare le coup suivant. Dans ma tête, je suis Sun Tzu, je pratique l'art de la séduction comme un général de guerre et les soldats sont mes multiples personnalités. Tantôt joueur, tantôt père. Tant professeur, tantôt élève.

La vérité, c'est que je suis un piètre dragueur en soi et la beauté d'une fille me fait bégayer. Frappé par un Stupéfix de premier ordre, je n'ai que mon imagination pour contrer. Cette dernière est parfois motrice chez moi mais dans ces situations, elle peut aussi être déconnectée de la réalité. Clairement, à ce moment, je pense quasiment uniquement avec mon bas-ventre et celui-ci est resté atrophié trop longtemps et trop souvent pour que je lui fasse confiance. Une réelle tension se crée et ma posture se raidit. J'ai encore moins envie de bouger donc je reste tétanisé. Le serpent qui se mord la queue.
A cela vient s'ajouter mes échecs passés et une faible estime de soi. Je n'ai pas d'exemples de réussites probantes dans ces aventures et j'ai l'impression de ne pas mériter cette beauté qui ne m'appartient pas. Qui suis-je pour attirer l'œil d'une telle œuvre alors que son regard se porte sur tout et tous à la fois ?

En vrai, je n'en sais rien et je ne le saurai jamais. Du moins, pas tant que je continue de me poser la question sans chercher la réponse. Je peux donc soit arrêter de me poser la question, soit tenter d'y trouver une réponse définitive.
J'ai fait le choix d'arrêter de me poser la question. Chercher la réponse me confronte à une boule de souffrance que je pousse sans jamais parvenir à la faire descendre de l'autre côté de la pente. Et manifestement, je suis ni mort ni un mythe.