Du désir

Parfois, je suis pris d'une envie soudaine de posséder et de consommer un objet. Du jus de pomme, du poulet, une femme, des mangas, etc. Quand j'ai ces pulsions, j'ai la certitude d'être défini par elles et leur objet. Et à vrai dire, c'est un peu comme ça que marche la vie. On va naturellement vers ce qui nous fait plaisir et notre corps est programmé pour rechercher ce qui nous fait du bien.
Mais voilà le problème avec le désir. Non assouvi, il conduit à la frustration. A l'inverse, on peut se trouver dégoûté si gavé comme une oie de ce que nous convoitons. Et finalement, le plaisir éphémère ne laisse place qu'à du vide.

Je bois beaucoup moins de jus de pomme aujourd'hui. Alors dit comme cela, c'est une phrase tout à fait anodine. Il faut savoir que j'ai aimé le jus de pomme comme Obélix aime le sanglier. J'en avais jamais assez et j'avais organisé ma vie pour qu'il y ait du jus de pomme à chaque occasion qui se présentait. Chez moi, en soirée, en famille. Je me rappelle même avoir reçu six briques d'un litre chacune de jus de pomme pour mon anniversaire il y a quelques années. Est-ce que je me trahis aujourd'hui quand je préfère le sirop de grenadine à cette ambroisie liquide ? Je ne crois pas et pourtant je n'aime pas moins le jus de pomme. Ce désir m'a défini que tant que je l'ai entretenu. Aujourd'hui que ce n'est plus le cas, je m'en rends compte que je n'en suis plus prisonnier.

Ces dernières semaines, je me suis isolé sans but rationnel particulier. J'en ai ressenti le besoin et avec le temps, d'autres questions ont émergé. Mes désirs ont changé, sont devenus plus essentiels. Et surtout, je comprenais mieux les raisons de mon éloignement du monde.
Je souffrais et souffre encore d'un manque de confiance en moi qui n'a pas vraiment d'origine si ce n'est le désamour que je me porte. Il peut prendre plein de formes mais en ce qui concerne le désir, je suis naturellement porté par la validation de mon existence par autrui. Être altruiste dans ces conditions parait comme une échappatoire positive. Pourtant, cette attitude comporte également ces limites. « Je suis voulu parce que je fais le bien autour de moi ». Comment être soi si on est content que lorsqu'on se conforme à la volonté ou au souhait ou au besoin d'autrui ?

Aujourd'hui, je ne sais pas vraiment quel est mon désir le plus ardent, la raison pour laquelle je me lèverais le matin. Jusqu'à il y a peu, sortir de la galère et vivre à NYC étaient mes rêves. Tout cela est derrière moi maintenant et devant l'infinité de choix possibles, j'ai tendance à me sentir désarmé.
Cela dit, aider autrui reste un mode de vie qui se suffit à lui-même. Dans ce but, je réalise l'importance de persévérer dans ce que j'ai choisi de faire actuellement. Être vulnérable est le meilleur moyen de créer une connexion avec son prochain. Prendre soin de soi permet d'aborder ces rencontres dans les meilleures dispositions. Le désir est une force inouïe lorsqu'il s'accorde avec notre essence. Développer des habitudes saines engendre des désirs sains, qui nous rendent meilleurs et nous poussent à nous dépasser.